Lectures du Jolly Roger francophone

Compte-rendu de lecture de Le Cri du Peuple, de Vautrin et Tardi

Nouveau compte-rendu de lecture, en lien cette fois-ci avec la Commune de Paris et la commémoration qu’elle mérite. Penchons-nous aujourd’hui sur une BD fondamentale sur ce sujet.

Lorsqu’il commence son travail sur Le Cri du Peuple de Jean VAUTRIN, Jacques TARDI prévoit de consacrer trois tomes à son adaptation.

D’ailleurs à la fin du deuxième, il conclut, parlant de la suite, par :

« Vous le saurez en lisant la troisième et dernière partie : Les Heures Sanglantes ».

Il achève le troisième par ces mots :

« Ce troisième livre devait conclure la présente adaptation du roman de Jean VAUTRIN mais l’ampleur des événements, la cruauté de la répression, la colère, la hargne et l’indignation qui s’en suivent, me contraignent à relater dans un épisode à venir les crimes de la semaine sanglante, interrompue ici, dans la nuit du mardi au mercredi 24 mai 1871.

En lisant : Le Testament des Ruines ».

… Vous saurez tout le mal que je pense de la bande organisée des réactionnaires de Versailles sous l’autorité du petit FOUTRIQUET, j’ai nommé THIERS et ses chiens obsédés par l’idée d’exterminer les révolutionnaires internationalistes !

TOUT CA N’EMPECHE PAS, NICOLAS, QU’LA COMMUNE EST PAS MORTE ! »

Je ne sais pas à quel Nicolas, fais référence, ici, Jacques TARDI.

Pour avoir lu beaucoup, sinon tout TARDI, c’est la première fois, à ma connaissance, qu’il s’implique et utilise le Je dans une de ces adaptations. C’est dire la rage de justice, l’épaisseur du bonhomme mais aussi le respect et l’amitié qui le liait à Jean VAUTRIN.

Le Cri du Peuple nous conte milles histoires dans la grandeur de la Commune de Paris. Des destins accrochés les uns aux autres qui se font et se désagrègent au gré des événements historiques.

Je ne vous ferai pas l’injure de faire ici un résumé de la Commune en ces jours d’anniversaire.

Je vais vous dire par quelques pages ou quelques planches, ce qu’elles ont de moi, de vous, des hommes, des femmes, de ma fureur et de la brutalité des humains.

Ne prenez pas ce qui suit pour une analyse ni de texte ni de dessin. Je n’en n’ai ni les compétences, ni les prétentions.

© Casterman et © Jacques Tardi

Cela relève plus chez moi de la sensation que de l’étude car comme dans les mots de VAUTRIN, ou les dessins de TARDI, il y a :

  • Des odeurs.

On sent les corps qui s’aiment, qui se haïssent, qui brûlent, qui mangent, qui boivent ou se trahissent. On perçoit la puanteur de la poudre, du sang et des viscères.

  • Des sons.

On entend les cliquetis des baïonnettes qui s’entrechoquent avant de saigner la barbaque, les hurlements des canons et des fusils mais aussi les voix des Communards lorsqu’ils chantent et espèrent. Les murmures des femmes qui s’adressent aux hommes lorsqu’elles leur vendent leurs peaux, les pas sur les pavés, les pas dans les chambrées.

  • Des images.

On voit les rues de Paris en 1871, les corps abîmés par la vie, les vies décharnées par des armes, un animal exotique, les monuments obséquieux, des ciels étoilés, une peinture qu’aujourd’hui les plus fortunés s’arrachent. Mais aussi les hommes, les femmes, les enfants qui espèrent, qui rient, qui pleurent, qui vivent et qui meurent.

  • Des goûts.

La saveur des vins et de l’absinthe servis dans les estaminets, les cabarets et les bordels de l’époque. Le fumet de la soupe proposée par la Chouette au mouchard Hippolyte Barthelemy et au notaire Charles Bassicoussé. Et à la toute fin le goût amer de la défaite.

  • Des touchers.

On caresse la main de Gabriella Pucci lorsqu’elle danse avec l’homme qu’elle aime à l’œil de Verre. On effleure ses lèvres lorsqu’elle embrasse le jeune Communard Guillaume qui lui offre son dernier souffle. On est en contact avec le bois du couteau de Marbuche qui tue l’ignoble Caracole, lieutenant d’Edmond Trocard dit la Joncaille. On ressent le froid des fusils sur la peau de nos mains et c’est la sensation sur les gâchettes aux bouts de nos index qui font que les balles sortent des canons pour prendre les vies des Versaillais.

Merci Messieurs Jean et Jacques d’ouvrir nos cœurs à vos poèmes écrits et dessinés.

Commençons par les quatre couvertures, qui, si elles sont posées les unes à côté des autres racontent déjà la commune.

Jacques TARDI utilise la couleur avec parcimonie.

Alors qu’il est fidèle au noir et blanc à l’intérieure des quatre volumes, les couvertures en sont parsemées.

Sur la première page du volume LES CANONS DU 18 MARS, le rouge des drapeaux accompagne le noir et blanc comme pour poser l’histoire.

Sur la couverture de L’ESPOIR ASSASSINE, le rouge couleur du sang du peuple mais aussi de l’espoir, est mis sur un plan d’égalité avec le noir.

Sur celle des HEURES SANGLANTES, le bleu du drapeau français fait son apparition. Il fait face aux drapeaux rouges de la Commune. Il est brandi par l’armée des Versaillais. Les combats sont aux portes de Paris.

Sur la dernière, LE TESTAMENT DES RUINES, le bleu est omniprésent.

D’abord sur l’immense drapeaux Bleu, Blanc et Rouge. Il fait toujours face à celui rouge de la commune mais celui-ci est couché et déchiré.

Ensuite sur l’uniforme des Versaillais qui fusillent des Communards défaits.

Et enfin sur les robes élégantes d’une bourgeoise et de sa jeune fille. Le père montrant un visage de haine et de satisfaction.

Rentrons dans le détail de quelques planches. En effet, chacune des pages que vous lirez recèlent des détails fouillés, une somme incalculable de recherches historiques tant sur le plan de la chronologie des faits que sur des détails des architectures, des noms de rues, des personnages, etc.

© Casterman et © Jacques Tardi

LES CANONS DU 18 MARS

Page 43

Une image à l’envers, rappelle que la photographie est naissante en cette fin de XIX siècle.

Page 51

Représentation de l’Origine du Monde. C’est un hommage non dissimulé au peintre et Communard Gustave COURBET qui prendra une grande part aux événements de 1871.

Pages 72 et 73

Les découpages des deux pages sont identiques. A gauche, les quartiers miteux des faubourg parisiens. Les rats, la fange et la misère.

A droite, le centre de Paris, les grands boulevards, les monuments et les hauts de formes même si à ce moment-là de l’histoire, les chapeaux sont communards.

© Casterman et © Jacques Tardi

L’ESPOIR ASSASSINÉ

Page 21

On entre dans les rêves du vieux Trois Clous grâce à une planche où apparaît un magnifique trois mâts. Revient pour la seconde fois un personnage récurrent de l’histoire. Un perroquet dont le seul rôle sera de clamer les noms des héros au fil de la narration.

Double page 30 et 31

Paysage de Paris et de sa mairie, le génie du détail de TARDI.

Pages 34 et 35

Déambulation et conversation entre Guillaume et Théophile Mirecourt, présenté comme le photographe de la Commune par les deux auteurs. La discussion des deux protagonistes est lucide sur l’issu de l’aventure qu’ils mènent avec le peuple des parisiens.

Aussi leur baguenaude nocturne les mène jusqu’à la butte de Montmartre et dans l’esprit de VAUTRIN et TARDI, ce lieu ne peut être anodin puisqu’il accueillera le Sacré Cœur.

Page 79

Vision de la fête foraine où Jacques TARDI se fabrique un laisser passer de circuler librement sur la place Vendôme le 16 mai 1871, jour où la commune met à terre la colonne du même nom, symbole d’insulte à la misère du peuple.

© Casterman et © Jacques Tardi

LES HEURES SANGLANTES

Page 17

Dernière case, reflet de la violence des combats ou s’ajoute en surimpression un message du Général Dombrowski au Comité de Salut Public où il détaille tout ce qu’il manque à son armée. Il ne conclut pas que le combat sera gagné mais qu’il ne pourra même pas ralentir la catastrophe.

Page 34

Image poignante où Gabriella Pucci dite « Caf’ Conc » embrasse Guillaume mourant, son dernier amant, son dernier client. Elle dira de lui « C’était un peu mon dernier enfant ».

Pages 41

TARDI est un des rares auteurs à montrer un enfant tué, un nourrisson déchiqueté. Ce n’est pas beau. Mais la réalité n’est que très peu souvent belle à dessiner et à raconter.

© Casterman et © Jacques Tardi

LE TESTAMENT DES RUINES

Je ne retiendrai aucune page en particulier de ce quatrième volet.

Juste vous dire que peu de Communards en réchapperont. Quelques-uns survivront néanmoins pour transmettre les idées qui naquirent sur les trottoirs de Paname durant ces quelques mois printaniers de 1871.

Puis je vous dire que les derniers mots de cette œuvre appartiennent à Ziquet jeune combattant de la Commune ?

Ils disent notre espoir depuis 150 ans  :

« NI DIEU ! NI MAITRE !

Merci

sam

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