Lectures du Jolly Roger francophone

La Patrie des Frères Werner

Aujourd’hui, c’est au tour d’une très belle BD sur un match historique de passer sous la lunette toujours précise de Sam. Voyons ce qu’il a à nous en dire !

La Patrie des Frères Werner

Récit de Philippe COLLIN et Sébastien GOETHALS

Dessin de Sébastien GOETHALS

Couleur de Sébastien GOETHALS ET Horne PERREARD

Edité par FUTUROPOLIS

Deux phrases pourraient résumer La Patrie des Frères Werner de Philippe COLLIN et Sébastien GOETHALS.

L’équipe de RDA de 1974.

L’une prononcée par Franz Beckenbauer : « Donnez la 23ème médaille à Sparwasser ! » au soir de la finale remportée par la RFA face aux Pays-Bas.

Et l’autre prononcée par le même Jürgen Sparwasser : « Si un jour il y a écrit sur ma tombe Hambourg 74, tout le monde saura qui se trouve en dessous. » après qu’il a fui Magdebourg quatorze années après ce mondial.

L’équipe de RFA de 1974.

Vous qui connaissez le football, vous savez que celui-ci est parfois facétieux. Je suis tout à coup submergé par les exemples alors que j’écris ces mots.

Les poteaux carrés de Glasgow pour un Stéphanois, la main d’un dieu pour un Argentin, celle d’un vaurien pour un Anglais, un coup de tête pour un Français, la parole à une mère, à une sœur pour un Italien, une autre main pour un Irlandais…

Les tirages au sort des grandes compétitions ont eux aussi leurs mystères.

Copyright © Futuropolis et © Sébastien Goethals.

La farce devient sismique le 5 janvier 1974 à Francfort lorsque la main innocente d’un enfant berlinois, sort coup sur coup des vasques, la République Fédérale d’Allemagne et la République Démocratique d’Allemagne. Les deux équipes forment avec le Chili et l’Australie, le groupe 1 de la Coupe du Monde de Football qui a lieu du 13 juin au 7 juillet de cette année 1974.

Mais la bande-dessinée ne relate pas uniquement l’histoire de ce match unique, presque onirique et géopolitique. Il retrace aussi les destinées de deux frères rendus orphelins par la guerre et le nazisme. Les auteurs, par ces deux héros, nous rappellent le sort des enfants-loups de l’après-guerre. L’Allemagne en dénombre deux millions en 1950 et n’a pas les moyens de gérer ces gosses livrés à eux-mêmes.

Mais tous les conflits armés ne génèrent-ils pas ces résultats ?

Copyright © Futuropolis et © Sébastien Goethals.

Konrad et Andreas Werner grandissent à l’Est du mur et, presque naturellement, intègrent la Stasi.

Ils passent leur adolescence au service de la police politique intérieure de la RDA. Adultes, l’un devient espion à l’ouest quand l’autre est formé pour devenir kinésithérapeute au service des athlètes de l’Est. Ainsi il peut surveiller les sportifs qui auraient la volonté de fuir la mère patrie socialiste.

Douze ans après leur séparation forcée, Andreas a intégré le staff médical de l’équipe de la RDA, tandis que son frère Konrad a pris le poste d’intendant de l’équipe de la RFA.

Ils se retrouvent le 22 juin 1974 au Volksparkstadion de Hambourg pour rentrer dans la légende comme ce match qui oppose, pour l’unique fois de l’histoire, les équipes que nombreux seront à qualifier de sœurs ennemies.

Mais les événements sont souvent plus complexes que les raccourcis que l’on en fait.

Les auteurs mettent en exergue toute la dramaturgie de cette époque que l’on croit oubliée mais aussi tous ses antagonismes et ses trahisons.

Les rivalités n’existent pas seulement entre les deux nations, les deux équipes, les deux blocs ou les deux délégations.

Ainsi nous découvrons qu’entre joueurs d’une même formation, les inimitiés sont grandes et profondes. Nous voyons poindre les dérives du football moderne.

Que reste-t-il de ce match dominé par la Mannschaft ?

Le but de Jürgen Sparwasser à la 77ème minute, à qui il sera refusé d’aller fêter la victoire avec ses coéquipiers.

Que la défaite de la RFA lui permettra d’éviter les deux grands favoris de cette épreuve (Brésil et Pays-Bas) pour les quarts de finale. Que sur les 37 membres de la délégation est-allemande, seuls 36 rentreront dans leur pays.

Que garde-t-on de cette époque ?

Les espoirs trahis d’états socialistes ?

Un maillot rouge aux quatre lettres CCCP, un maillot bleu aux trois lettres DDR ?

Les auteurs ont eu la bonne idée de traiter cette période, en sépia. Sépia chaud orangé, sépia froid bleuté selon les situations.

Mais que demeure-t-il de cette dernière moitié du siècle passé ?

Sam

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