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Le FCSP dans Ouest France

Thibaut Le Moal nous a ouvert les colonnes du quotidien régional pour présenter le club de quartier et notre fanclub.

Ça donne cela :

RÉCIT. Au cœur du FC Sankt Pauli, le club de foot qui veut changer le monde

Pensionnaire de Bundesliga 2, la deuxième division allemande, le FC Sankt Pauli peut sembler en apparence un club tout à fait banal. Il n’en est rien. Situé à Hambourg dans le quartier dont il tire son nom, le club est un modèle de ce que peut rendre le sport à la société. Seul stade européen où flotte fièrement un drapeau arc-en-ciel, siglé d’une tête de mort, le club ne laisse personne indifférent. Quand le football change le monde, plongez avec Prolongation au cœur du FC Sankt Pauli.

Lundi 1er mars, avait lieu à Hambourg, deuxième plus grande ville d’Allemagne, un derby placé sout très haute surveillance. Le club historique de la ville, le Hambourg SV, affrontait le FC Sankt Pauli, son voisin. Un rival excentrique qui détonne outre-Rhin par ses prises de position et ses engagements incessants. Sur le terrain, l’équipe marron et blanche a triomphé du HSV sur la plus petite des marges, 1-0. La cinquième victoire consécutive des hommes dirigés par Timo Schultz, l’entraîneur du club, dans une saison avant ça bien moribonde. Mais au FC Sankt Pauli, l’essentiel est ailleurs.

Ce modeste pensionnaire de deuxième division allemande n’attire pas l’œil par ses résultats ou par la qualité du football proposé. Ce ne sont pas non plus les millions dépensés en transfert qui ont fédéré les quelque 600 associations de supporters du club à travers le monde, dont une en Bretagne. Non, ce qui plaît au Sankt Pauli, ce sont les idées et encore plus, les actes. Là-bas, on réinvente constamment le foot pour faire d’idées utopiques, une réalité.

Un club au cœur de son quartier

Situé dans le quartier populaire éponyme de la deuxième plus grande ville d’Allemagne, le club n’en est pas qu’une simple représentation sportive. Il en est l’emblème et le cœur. Il faut dire que l’endroit est au moins aussi atypique que l’équipe qui le représente. Bordant la rive droite de l’Elbe, un fleuve long de plus de 1 000 km qui se jette dans la mer du Nord et dont Hambourg est situé sur l’estuaire, le quartier fut, par le passé, l’endroit « chaud » de la ville. Il abritait les bars de marins du plus grand port du pays. C’était aussi le quartier rouge et la plaque tournante des trafics en tout genre.

Quartier des Beatles

L’histoire et la culture y sont riches. C’est ici, au début des années 60, que les Beatles ont fait leurs gammes. Et déjà à cette époque, le FC Sankt Pauli est en avance sur son temps. En 1963, il devient le premier club d’Allemagne à titulariser dans son équipe un joueur venant d’Afrique noire, le Togolais Guy Acolatse. Les fondations d’un anticonformisme qui ne fera que grandir.

Depuis, le quartier s’est développé. C’est dans ce contexte que s’inscrit le club, celui d’un quartier populaire, historique et un brin excentrique. Une représentation confirmée par Xavier. Fan de football depuis son plus jeune âge, il suit et relaie l’actualité du club allemand sur les réseaux sociaux et sur un site internet. À 45 ans, il anime une large communauté de supporters français. Il confirme le lien fort entre le club et les rues qui l’hébergent : « C’est un club de quartier, c’est très rare en Allemagne ».

Ce quartier et son histoire, Sven Brux la connaît bien lui aussi. Salarié du club, il est une figure aussi emblématique qu’incontournable du FC Sankt Pauli. Cet ancien habitué de la scène punk allemande a intégré le club en 1989, « à une époque où le mur de Berlin existait encore »​, comme il dit. D’abord référent supporter, en charge du dialogue et des actions entre le club et ses supporters, à 54 ans, il est aujourd’hui responsable de toute l’organisation logistique les jours de match.

Ce qui l’a séduit dans le club, ce sont les idées prônées, et surtout, mises en pratique. Il faut dire qu’à Sankt Pauli, on n’a pas attendu que la justice sociale devienne une mode portée par les réseaux sociaux pour se mettre à l’œuvre. Ce sont des combats ancrés dans l’âme du club. Homophobie, racisme, sexisme, les discriminations y sont bannies et combattues. On y prône l’acceptation, la tolérance et l’humanité. Pour s’assurer du respect de ses valeurs, le club dispose d’une charte qui encadre, entre autres, les comportements au sein de son stade. Et si l’ambiance y est chaude, les dérives, elles, y sont absentes.

C’est aussi ce qui a plu à Xavier. Ancien fan de l’AS Roma, il a écumé de nombreux stades en Italie, comme en Europe, mais ce qu’il a trouvé au Sankt Pauli est unique : « Rome comme ailleurs, j’ai souvent été au stade et je peux vous dire que quand tu compares l’ambiance dans les tribunes, il y a deux mondes. Dans tous les stades, tu peux entendre des horreurs, de la xénophobie, du racisme et surtout de l’homophobie. Au Sankt Pauli, ça n’est jamais arrivé. »

Sous la présidence Corny Littman, de 2002 à 2010, le club a fait de la lutte contre l’homophobie une de ses priorités. C’est à cette époque que le drapeau arc-en-ciel s’installe au sommet du Millerntor Stadion, l’enceinte historique de l’équipe. Un fait unique dans le football. Mais l’homophobie n’est pas le seul combat du club. Tout ce qu’il peut entreprendre pour aider son quartier, il le fait. C’est ainsi que des conteneurs aménagés ont été installés derrière le stade pour permettre aux sans-abri du pouvoir prendre des douches quotidiennement et gratuitement. Une idée simple, accessible et profondément humaine.

L’engagement y est aussi politique. En 2017, la ville de Hambourg reçoit le G20, plus haut sommet politique mondial. Comme souvent, les manifestations contre cet événement et les puissants qui s’y réunissent prennent de l’ampleur dans la ville. Le club ouvre alors les portes de son stade pour permettre à plusieurs centaines de militants de s’y retrouver. Du jamais-vu dans le football, encore une fois. Mais le club a aussi été plus loin, sur un thème tout aussi clivant : l’immigration.

Le FC Lampedusa, l’intégration par le football

En 2015, l’Europe connaît une des plus grandes vagues d’immigration de son histoire. En Allemagne, c’est près d’un million de demandes d’asile qui sont enregistrées. Au plus fort de cette période, durant l’été, près de 1 000 personnes par jour arrivent dans la ville de Hambourg. « Au sein de la ville, ça s’est ressenti et ça a eu des conséquences en automne 2015 assez dramatiques et le Sankt Pauli a entamé une réflexion là-dessus​, explique Xavier. Il y avait beaucoup de jeunes venus du Moyen-Orient et de pays d’Afrique et ils se sont rendu compte que, dans ces jeunes hommes, beaucoup avaient déjà pratiqué le foot pendant plusieurs années de leur vie, à un niveau amateur voire semi-professionnel »​. Sankt Pauli met alors en place une nouvelle structure : le FC Lampedusa.

Nommé en référence à l’île italienne de Lampedusa, premier point de transit européen de nombreux réfugiés ayant traversé la Méditerranée, le club est directement rattaché au Sankt Pauli. Cette structure, bien plus qu’une simple équipe de football, se veut un véritable soutien pour ces réfugiés au passé difficile.

Le club les encadre, leur fournit du matériel pour jouer mais leur offre aussi, et surtout, un véritable soutien pour s’intégrer : cours de langue allemande, accompagnement dans les démarches administratives, dans la recherche d’emploi. Le club les suit et facilite leur insertion dans la société allemande. Un modèle d’intégration par le football. Le tout financé par une large campagne de crowdfunding (du financement participatif) lancée auprès des fans, dont le soutien aux actions du club est total.

Sankt Pauli essaie d’étendre son militantisme et ses valeurs en Europe. Il y a quelques semaines, Oke Göttlich, l’actuel président du club, appelait les représentants du football allemand à plus de sévérité sur le sujet de l’homophobie : « J’espère vraiment que nos représentants allemands […] au sein de l’UEFA et de la FIFA, où de nouvelles élections sont prévues, c’est-à-dire Koch et Peters, feront tout ce qui est en leur pouvoir pour que les déclarations homophobes soient sanctionnées également au niveau européen.  Ici, au FC St. Pauli, nous aimons être un havre de paix pour les amoureux du monde entier et de tous bords. »

 Nous avons une responsabilité 

Ces principes et ces valeurs, avant tout, le club se les applique. Dans sa recherche d’exemplarité, aucune concession n’est faite. En 1998, l’enceinte de l’équipe s’appelle alors le Wilhelm-Koch-Stadion. Un nom en hommage à un ancien président historique ayant beaucoup œuvré pour le club. Mais lorsqu’on apprend que cette même personne fricote avec le parti politique nazi allemand, la pilule ne passe pas du tout et la réaction est directe. Le stade est rebaptisé et devient le Millerntor Stadion, en référence à une ancienne porte de la ville. « La manière dont nous agissons est très importante. Notre quartier, nos fans, c’est tout ce que nous avons. Ils nous donnent leur argent, leur confiance, nous avons une responsabilité »​, explique Sven. Un discours où chaque mot prend sens à travers les actions du club.

En octobre 2019, un joueur turc du FC Sankt Pauli, Cenk Sahin, exprime sur les réseaux sociaux son soutien aux forces armées turques. Elles sont alors en conflit en Syrie du Nord. Une prise de position en totale contradiction avec la charte du club. La sanction est rapide et sans appel : plus jamais il ne portera les couleurs de l’équipe. Dans son communiqué, sans porter de jugement sur un sujet compliqué dans un pays où la communauté turque est importante, le club rejettera toute forme de soutien à la guerre : « Le fait que nous rejetons les actes de guerre n’est, cependant, pas sujet au doute ou à la discussion. Ces actes, et l’expression de la solidarité avec eux, vont à l’encontre des valeurs du club. »

Plus récemment encore, c’est sur un autre terrain que le club a fait parler de lui : celui du marketing. « À l’assemblée générale de 2016, on nous a demandé de trouver un fournisseur respectueux du développement durable et du commerce équitable »​, raconte Bernd von Geldern, directeur des ventes. À la recherche d’un nouvel équipementier, le club décide finalement de faire les choses par lui-même. « En créant notre propre marque, nous souhaitons montrer que ces valeurs ne sont pas incompatibles à la qualité et la performance », ​ajoute Von Geldem. Appelée DIIY, signifiant Do It, Improve yourself (« Fais le, améliore-toi »), la marque est une preuve de plus que dans le football, quand on veut, on peut. Et, après tout, ne dit-on pas que l’on est jamais mieux servi que par soi-même ?

« Le football doit montrer l’exemple »

Le club est une locomotive idéologique en avance sur son époque, qui veut emmener le monde avec lui. C’est une source d’inspiration, aussi, pour ceux qui le vivent de l’intérieur. Benjamin Adrion, ancien joueur professionnel allemand a rejoint le club en 2004, pour y terminer sa carrière quatre ans plus tard. C’est motivé et soutenu par le club qu’il crée en 2006 l’association humanitaire « Viva con agua » ​(vivre avec de l’eau). Xavier raconte : « L’association intervient dans une quinzaine de pays d’Afrique. Son but est de mettre en place des toilettes sèches, faciliter l’accès à l’eau potable avec des réseaux de distribution, s’occuper de l’assainissement. C’est un des gros projets soutenus par le club. » ​Pour cet engagement via son association, Benjamin Adrion a reçu la croix de l’ordre du mérite allemand, une haute distinction outre-Rhin récompensant l’engagement et les réalisations dans divers domaines. Une autre très belle histoire liée au club.

« Beaucoup de supporters d’autres clubs nous détestent »

Mais dans un pays où l’histoire est lourde et les clivages politiques très marqués, le club a son lot de détracteurs : « beaucoup de supporters d’autres clubs nous détestent, ​explique Sven. Ils disent qu’on apporte de la politique dans le football. » ​Il faut reconnaître que les prises de position du club sont franches et sans ambiguïtés, on y mêle football et gauchisme. Mais face à ces critiques, le quinquagénaire allemand ne se démonte pas et rappelle avant tout pourquoi le club en est là aujourd’hui : « Ces gens oublient que le début de notre activité remonte aux années 1980 et à la lutte contre le racisme. Ce sont ces gens qui sont arrivés les premiers avec leurs idéologies d’extrême droite et qui ont apporté la politique dans les tribunes. »

À son échelle, Sankt Pauli montre ce que le sport peut faire de mieux. Loin du foot business dont le modèle s’essouffle chaque jour un peu plus, mis à mal par une crise sanitaire et économique qui n’en finit plus. À Hambourg, les choses bougent, et dans le bon sens car comme le souligne Sven : « Le football doit montrer l’exemple et s’évertuer à rendre le monde un peu meilleur. » ​Des paroles et des actes, loin de n’être qu’une utopie. Le FC Sankt Pauli ouvre la voie vers un football durable, conscient et utile. Aux autres de la suivre…

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