Paulitiques

Une histoire de l’Antifascisme (partie 1)…

S’il y a bien une idée, un concept politique qui rassemble tous les supporters du Sankt Pauli c’est celui de l’antifascisme. Les dessins, les tags les fresques, les stickers antifas sont omniprésents partout dans Sankt Pauli : pas un bar, pas un poteau, sans le célèbre « Antifaschistiche Aktion » et son drapeau rouge et noir décliné dans toutes les langues. L’antifascisme c’est l’ADN du club de Sankt Pauli et plus largement du quartier ! Cependant si on demande à chaque supporter du Sankt Pauli « qu’est-ce que l’antifascisme ?», il est évident que nous aurons des réponses assez diverses. Ce que nous proposons très modestement à travers cette série de 3 ou 4 articles c’est une petite histoire rapide de l’antifascisme principalement en Allemagne et en France. Evidemment ces modestes articles ne prétendent pas être la Bible de l’histoire de l’antifascisme : nous n’avons en effet ni dieu ni maître ! Ils sont écrits par un supporter francophone du Sankt Pauli par ailleurs militant politique et syndical qui a donc sa propre analyse de l’antifascisme et de son histoire. Ces contributions peuvent être critiquées, commentées, amendées et surtout complétées… Le 1er texte de cette courte histoire de l’antifascisme portera sur les années 1922/1939

L’antifascisme : l’ADN de Sankt Pauli et de ses supporters
Tag Antifa dans Sankt Pauli

S’il y a un antifascisme c’est donc qu’il y a eu un fascisme… Il faut d’abord très rapidement revenir sur ce qu’est le fascisme et comment il a pu s’installer dans l’Europe dans l’entre-deux-guerres,

Les bourgeoisies européennes se sont affrontées pendant le 19ème siècle et au début du 20e siècle pour se répartir les richesses de ce monde. Pour cela, elles se sont partagées une grande partie de l’Afrique et de l’Asie par des politiques de colonisations qui ont fait le malheur de tant de peuples.

Cependant les bourgeoisies même si elles ont des intérêts convergeant contre le mouvement ouvrier pour mieux exploiter les travailleurs, s’opposent entre elles selon leur nationalité. On a vu ainsi la bourgeoisie allemande (qui s’est développée un peu plus tard que la bourgeoisie française et surtout anglaise) réclamer au début du 20e siècle une redistribution des colonies. C’est bien cette question coloniale, ainsi que la question de la frontière franco-allemande pour savoir qui aurait les régions riches en matières premières de la Moselle et de la Sarre qui ont amené la Première Guerre mondiale.

C’est pour une question de répartition des richesses de ce monde que les pauvres paysans français ont affronté dans la boue, la puanteur, le froid et la mort les pauvres ouvriers allemands entre 1914 et 1918. Seule une poignée de militant.e.s ouvrier.e.s ne se sont pas laissés emportés dans cette folie et ont refusé des deux côtés du Rhin l’union sacrée. C’est le cas notamment de Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht dont les portraits sont régulièrement brandis dans notre stade.

La boucherie impérialiste de 14 voulue par la bourgeoisie

En 1917 après des millions et des millions de morts, les ouvriers et les paysans russes ont décidé d’en finir avec cette boucherie qui n’était pas la leur car comme le disait Anatole France « on croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels ». Ils ont donc pris le pouvoir et instaurer une société socialiste en Russie : ce sont les fameuses révolutions de février et octobre 1917. Evidemment la bourgeoisie ne pouvait accepter que des socialistes maintenant appeler communistes prennent le pouvoir et montrent qu’une société débarrassée de l’exploitation et de la guerre est possible. Ils ont férocement combattu les bolcheviks mais ont fini par perdre. La révolution de 1917 a été un tremblement de terre dans l’Europe de l’après-guerre et dans de nombreux pays les prolétariats ont voulu imiter la révolution russe. Ce fut notamment le cas en Allemagne avec l’instauration de République ouvrière en Bavière mais aussi à Budapest ou en France avec la grande grève insurrectionnelle des cheminots 1920. Mais ce fut principalement les deux années rouge 1919 et 1920 dans le nord de l’Italie ouvrière où cette révolution faillit réussir. La bourgeoisie italienne combattit cette tentative révolutionnaire en finançant alors allègrement un petit parti nationaliste, patriarcal, violent, pour combattre le mouvement ouvrier. Ce parti fasciste, avec son armée de chemises noires, attaqua les bourses du travail, les piquets de grève, les locaux politiques socialistes,communistes, libertaires et syndicaux. Mussolini put alors tranquillement prendre le pouvoir après sa marche sur Rome en 1922. Le fascisme est une théorie politique qui se définit avant tout comme une réaction aux valeurs de l’humanisme du siècle des Lumières. Il rejette donc les droits de l’homme mais aussi le communisme, l’anarchisme, les libertés individuelles, et toutes les idées de libéralisme politique. Il est profondément nationaliste et défend sa patrie, il est profondément patriarcal en renvoyant les femmes à un rôle de mère, il s’appuie très souvent sur la religion notamment catholique en en faisant un allié pour le contrôle des masses. il est évidemment impérialiste dans le sens où il veut augmenter la puissance de sa nation notamment en défendant le colonialisme. Il a le culte du chef, il encadre sa population mais permet à la bourgeoisie de s’enrichir et d’exploiter encore un peu plus le prolétariat en combattant férocement toute tentative de structuration du mouvement ouvrier et notamment les syndicats. A ce propos, il promeut le corporatisme c’est-à-dire la collaboration entre classes sociales pour le pseudo bien de la nation. Dès 1922, des Italiens vont combattre le fascisme et donc se déclarer antifascistes.

Le Biennio rosse: les années rouges en Italie 1919-1920
Colonne fasciste en Italie en 1922
Manifestation de réfugiés italiens antifascistes en Suisse (années 20/30)

La question est bien de comment « combattre le fascisme ? » Les antifascistes vont apporter 3 réponses différentes à cette question.

Certains disent que, le fascisme puisant sa source dans le capitalisme (ce qui est vrai), il faut s’en tenir uniquement à la lutte contre le capitalisme. Qu’une fois le capitalisme détruit le fascisme le sera aussi.

Les deuxième vont prôner une alliance de tous ceux qui sont persécutés par le fascisme, c’est-à-dire les différentes tendances du mouvement ouvrier mais aussi des libéraux (que ce soit au sens économique ou social)

Enfin le troisième groupe prône un antifascisme qui soit l’Alliance de tout celles et ceux qui se réclament du mouvement ouvrier et de celui-ci uniquement, c’est-à-dire de toutes les organisations qui au-delà des différences politiques (entre communistes, socialistes, libertaires,…) restent quand même attaché au combat pour une autre société que le capitalisme.

Ce débat et toujours d’actualité dans le mouvement antifasciste et l’on retrouve ces trois grandes tendances pour lutter contre l’AFD en Allemagne ou contre le Rassemblement National en France … Faut-il seulement prôner la fin du capitalisme pour en finir avec ces fachos ? Peut-on s’allier et/ou voter avec les libéraux pour empêcher les fascistes d’arriver au pouvoir ? Doit-on faire une union et des actions des organisations du mouvement ouvrier et uniquement de celles-ci ?

Ce qui va évidemment changer le visage de l’antifascisme et les actions des antifascistes c’ est la transformation de la société issue de la Révolution de 1917. D’une société qui se voulait libre et socialiste, l’URSS va être transformée en une société sans liberté, totalitaire après la prise du pouvoir par Staline dans les années 1925 à 1928. Il faut le dire le stalinisme a eu une responsabilité dans la prise du pouvoir d’Hitler en Allemagne en 1933. En refusant toute alliance un peu large notamment avec les socialistes et sur leur gauche avec les groupes communistes non-staliniens, les dirigeants staliniens du Parti communiste allemand vont désunir les forces ouvrières et permettre aux nazis d’arriver au pouvoir alors qu’il étaient minoritaires par rapport au force de gauche. Comme en Italie, le parti Nazi de Hitler est soutenu par la grande bourgeoisie allemande qui a peur que le mouvement ouvrier (alors le plus puissant du monde) fasse la Révolution. Le Nazisme a cette spécifité qu’il ajoute à la théorie fasciste, une racisme intégral notamment contre les juifs.

Création en de L’Antifaschistische Aktion par le KPD (parti communiste allemand) en 1932

Pire, les dirigeants staliniens, traqueront et assassineront lors de la guerre d’Espagne en 1936 des militants antifascistes notamment libertaires (Durruti) ou trotskistes (Andreu Nin) divisant pas le sang le camp antifasciste luttant en même temps les armes à la main contre le coup d’état fasciste de Franco (lui même soutenu par Hitler et Mussolini) et pour la Révolution sociale (en nationalisant, en distribuant la Terre aux paysans,….)

Affiche des libertaires de la CNT lors de la Guerre d’Espagne pour la lutte antifasciste et pour la Révolution sociale
Combattants internationaux du POUM (Communistes antistaliniens) en 1936 en Espagne

Pourtant des millions et des millions de militant.e.s à travers l’Europe sont conscient.e.s de la nécessité d’une lutte antifasciste directs contre les partis et organisations fascistes, lutte qu’on ne peut dissocier de celle contre le capitalisme en France.

Après la tentative du coup d’État fasciste du 6 février 1934 à Paris,c’est bien les bases ouvrières des Partis socialiste et communiste, les base ouvrière de la CGT et de la CGTU qui vont spontanément s’allier lors d’une manifestation et établir les bases du Front populaire. Le Front populaire est bien donc né de l’antifascisme et c’est par la grève générale de 1936 que les ouvriers qui soutiennent ce Front Populaire vont éssayer d’en finir avec le capitalisme… Il est bien dommage que cette tentative de Révolution n’est pas n’est pas été jusqu’au bout, parce que cette alliance incluait des éléments bourgeois qui ne voulaient absolument pas d’un changement de société : c’est le cas d’Édouard Daladier chef des radicaux-socialistes qui faisait parti du Front populaire en 1936…. mais qui n’hésitera pas quelques années après à aller serrer la main de Hitler et de passer les honteux accords de Munich qui enterrinent l’expansionnisme nazi.

Manifestation unitaire antifasciste en 1934 contre le fascisme. Cette manifestation entrainera la constitution du Front Populaire

Cependant l’antifascisme qui a traversé tout le mouvement ouvrier européen et mondial (notamment français, allemand, italien espagnol), entre 1922 et 1938 n’a pas été vain ! Il a réussi à faire que certains pays ne tombent pas dans le fascisme, il a permis la solidarité internationale avec les peuples agressés par les fascistes comme les combattants internationaux qui partiront combattre en Espagne entre 1936 et 1939 (Voir « Land and Freedom » Chef-d’œuvre cinématographique de Ken Loach), l’accueil des militants antifascistes qui fuyaient leur pays qu’ils soient italiens espagnols ou allemands. Mais surtout l’antifascisme a vertébré politiquement et influencé des générations de militant.e.s ouvrier.e.s qui seront à la tête des Résistances contre le fascisme et le nazisme pendant la deuxième guerre mondiale….

À suivre…

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sam
sam
9 mois il y a

Super document

Merci à toi Elchepedro. J’ai appris énormément à te lire.

sam

Manu
Manu (@emmanuel-desprez)
9 mois il y a

Top ! Merci Elchepedro, un vrai plaisir de lire ce genre d’article !
ça ma grandement rappeler mes arrières grand parents fuyant le fascisme italien et débarquant en France…. On se demande pourquoi certaines idées sont enracinées en moi xD

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