Focus Spécial

Walter Frosch, l’icône au mégot

« Il faut être capable d’offenser ». Telle pourrait être la devise de Walter Frosch, défenseur central du club de quartier entre 1976 et 1982, club pour lequel il totalise 170 apparitions en championnat et 22 buts dans cette même compétition. Ce parce que le joueur originaire de Ludwigshafen (19/12/1950) en Rhénanie était riche en aspérités et détestait les gens lisses et conformistes.

Il avait tout pour plaire au FC St. Pauli, même si celui-ci, à l’époque, n’avait pas encore connu sa grande et remarquable transformation en club pirate inspirée par la contre-culture punk.

Fort en gueule, fumeur invétéré, client inconditionnel des pubs du quartier, n’hésitant pas, dans son rôle de libéro, à accumuler les cartons jaunes à une période où la règles des 5 cartons suspensifs n’était pas encore d’actualité.

Même la réplique miniature de Walter Frosch reçoit un carton dans la reproduction du Millerntor du 1910 Museum. (Photo : Stadionmodellbau Tribian)

Le ramoneur du Palatinat devient footballeur professionnel

Oui, parce qu’avant le football, il y a une vie, tout comme après. Et donc, avant de signer pour le 1. FC Kaiserslautern au mercato d’hiver de 1974, avec un autre contrat prêt au FC Bayern Münich, ce qui ne manque pas de générer des problèmes, notre homme avait déjà joué pour l’Arminia Ludwigshafen (1969-1970) et pour un club de village qui trustait avec les meilleurs championnats, le SV Alsenborn, tout en étant ramoneur de profession. Là, ce sont quatre saisons qui le font remarquer.

Walter Frosch et son métier d’origine : ramoneur.

Le double contrat Kaiserslautern / Bayern et ses conséquences

On l’évoquait, Walter signe pour le Kaiserslautern mais, sur l’insistance de son agent, il s’engage également en 1974 avec le grand club bavarois du Bayern. La sanction ne manque pas de tomber et il est suspendu quatre mois. Avec une obligation d’honorer le contrat signé avec le club rhénan.

C’est sans doute un peu grâce à cela que son nom peut, par la suite, être associé à celui du FC St. Pauli car, si au Kaiserslautern de 1974 à 1976, ses prestations sont loin d’être négligeables (50 matchs et 4 buts entre coupe et championnat), par contre, ses écarts en termes de mode de vie lui valent les foudres de l’entraîneur.

Si aujourd’hui il était en activité, voici à quoi ressemblerait la fiche de Walter Frosch sur le jeu FIFA.

Ainsi qu’il aimait à le souligner, l’adversaire le plus coriace de toute sa carrière a toujours été le comptoir du pub. Et plus, il a toujours voulu et su remettre à leur place ceux qui pensaient pouvoir lui dicter ce qu’il avait à faire, surtout en tant que professionnel du football. Entraîneurs, coéquipiers et autres en ont fait les frais quel que fût leur statut.

1976, le St. Pauli et la folle saison du club

En 1976, ainsi que nous l’indiquions, il y a divorce entre le club rhénan et Walter. Il signe alors pour la 2. Bundesliga et le FCSP qui, à l’époque est dans une période positive. Cette saison est à marquer d’une pierre blanche puisqu’elle se conclut sur une montée (la toute première de l’histoire de notre club) en 1. Bundesliga, avec au compteur une série de 27 matchs sans défaite au cours de laquelle Walter Frosch se distingue particulièrement comme un roc défensif.

Crinière au vent et avec le maillot du FC St. Pauli, Walter Frosch signe l’une des plus belles pages de l’histoire du club.

Cependant, avec la montée dans l’élite, le club de quartier passe à un autre statut et Walter, qui se brouille avec le technicien (Diethelm Ferner), perd sa place de titulaire incontesté : Gino Ferrin est plus souvent titularisé à sa place et le résultat est sans appel, la défense a beaucoup plus de mal sans Frosch et le FCSP est relégué à nouveau en 2. Bundesliga à la fin de sa première participation dans le championnat le plus élevé : 18 maigres points avec 22 défaites.

Il reste encore professionnel pour le club du quartier de Hambourg jusqu’à 1982 et totalise plus de 200 matchs pour les Brun et Blanc. La légende s’écrit donc sur le terrain mais aussi en-dehors.

Un sacré caractère et un record de cartons

Le caractère, c’est celui d’un homme qui n’aime pas qu’on lui marche sur les pieds ni qu’on le prenne de haut. Ainsi, convoqué avec l’équipe B de la Nationalmannschaft, il déclare pour refuser l’invitation : « Un Walter Frosch ne joue que dans l’équipe nationale senior ou dans la sélection mondiale« .

Il y a aussi le libéro au style assez peu académique pour les standards d’aujourd’hui et qui accumule les cartons jaunes au point de créer la légende (démentie depuis) d’en avoir comptabilisé jusqu’à 27 en une seule saison (le chiffre réel le plus probable étant, néanmoins, non négligeable puisqu’il s’établit autour de 18).

Walter Frosch et le style incomparable de ses tacles.

Et puis il y a le bon vivant, adepte des comptoirs, comme on l’a vu, qui défiait le sort avec ses 60 cigarettes par jour. Et qui a vaincu le cancer une première fois autour des années 2000 pour succomber à un retour de la maladie le 23 novembre 2013.

Bref, un joueur et un homme qui ne pouvait que plaire aux fans de notre club si riche en personnalités hors-normes, anticonformistes et fortes en gueule.

Un joueur du FC St. Pauli à jamais ! Walter Frosch est mort, vive Walter Frosch !

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